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Université de Bangui: Qui veut la fin du DSIC ?


09/06/2018 - Bangui

Le Département des Sciences de l’Information et de la Communication (DSIC) de l‘Université de Bangui se meurt. Dans une indifférence générale : pourtant sa création fut l’initiative du gouvernement centrafricain et de l’UNESCO ; mais il y a également l’indifférence des professionnels de la communication eux-mêmes. Tout le monde applaudit-il en silence la disparition de ce département ? 

La création

Le 23 mars 2008, le Département des Sciences de l’Information et de la Communication (DSIC) était officiellement ouvert à l’Université de Bangui. Une cérémonie en grande pompe, présidée par le ministre de la Communication de l’époque, M. Cyriaque Gonda.

C’est à l’issue des États généraux des médias centrafricains de 2007 que les responsables des organisations des médias, notamment l’Union des journalistes de Centrafrique (UJCA), ont proposé la création d’un département des sciences de l’information et de la communication à l’Université de Bangui. Le gouvernement centrafricain, enthousiasmé par le projet, décide de le réaliser. L’UNESCO et l’ESTIC de Yaoundé en ont été les premiers partenaires.  

Un abandon rapide par les « parrains »

Malheureusement, très vite, ce département sera abandonné aussi bien par le gouvernement que par les partenaires. Jean-Claude Redjeme, chef du DSIC raconte : « A peine une année après son ouverture, l’UNESCO a cessé la plupart de ses financements : formation des formateurs centrafricains au Cameroun, mission des enseignants visiteurs pour les cours magistraux, etc. Depuis ce temps, le département va de mal en pis. »

Selon le responsable du DSIC, les origines du désistement de l’UNESCO demeurent obscures : « L’UNESCO nous a annoncé un beau jour qu’il n’avait plus de financement pour le département. Et que le gouvernement centrafricain devait désormais nous prendre en charge. Cela fait neuf ans qu’on attend cette prise en charge. »

Le DSIC manque de tout

Le DSIC manque aujourd’hui de tout. Une jeune journaliste de Radio Centrafrique, ressortissante de la première promotion du DSIC, raconte désolée : « Seule la 1re promotion dont je fais partie peut prétendre avoir reçu une bonne formation. Nos enseignants venaient du Cameroun, du Burkina Faso, de France et même des États-Unis. Nous avions des ordinateurs, des enregistreurs, une caméra professionnelle, du bon matériel pour les travaux pratiques. Nous avions des salles de cours. Aujourd’hui, il n’y a plus rien : pas même un seul ordinateur, ni un enregistreur, encore moins une caméra… Les étudiants, après les cours théoriques, ne savent même pas comment mettre leurs nouveaux acquis en pratique. C’est vraiment désolant. »

Un autre étudiant ressortissant de la même première promotion, fait un constat très dur, et accuse les dirigeants du département qui, à son avis, ont une grande part de responsabilité dans son déclin : « Avant, pour entrer au DSIC, il fallait avoir au moins un baccalauréat et faire un concours d’entrée, corrigé au Cameroun. Mais depuis, n’importe qui, du moment où il a des combines, peut s’inscrire et facilement devenir ‘journaliste’. La baisse du niveau au fil des promotions est flagrante. Faites le constat vous-même. Vous verrez qu’entre un journaliste de ma promotion et un autre d’une promotion postérieure, il n’y a pas débat. »

Créé pour former des professionnels de l’information et de la communication, le DSIC produit aujourd’hui tout le contraire :  à savoir des jeunes gens qui entrent aujourd’hui dans des rédactions sans n’avoir jamais vu ou touché un enregistreur. Des jeunes gens mal formés. 

© PCRC-CellCom-- Élodie Poloko

Publié par le PCRC

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