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SOS pour le DSIC : Notre pays a besoin de journalistes bien formés


09/06/2018 - Bangui

Jean-Claude Redjeme est le chef du Département des Sciences de l'Information et de la Communication (DSIC) de l'Université de Bangui. Après une dizaine d'années d'existence, ce département se meurt à petit feu. Pourquoi un tel revirement ? L'État accorde-t-il la place qu'il faut à la communication ? La situation du DSIC n'est-elle pas finalement le reflet même de la communication en République centrafricaine ? Les propos de M. Jean Claude Redjeme nous aident à en savoir davantage.

PCRC-CellCom - Monsieur Jean-Claude Redjeme, votre département fête aujourd'hui 10 années d'existence. Malheureusement, ce « jeune » département va mal, très mal. Que se passe-t-il ? Pourquoi ces problèmes ?

CDSIC - En effet, ça fait 10 ans que le Département des Sciences de l'Information et de la Communication de l'Université de Bangui a été créé avec l'appui de l'UNESCO, suite aux états généraux des médias centrafricains de 2007. Ce Département avait bénéficié de l'appui de l'UNESCO et de l'ESTIC de Yaoundé, qui envoyaient des professeurs visiteurs ici pour des formations professionnelles ; en même temps ils formaient les professeurs devant prendre leur relève par la suite. Mais il se trouve qu'une année après ce partenariat, l'UNESCO a cessé de financer la formation des formateurs et la venue des professeurs visiteurs. Depuis lors, le département éprouve beaucoup de difficultés pour tenir.

PCRC-CellCom - Pourquoi l'UNESCO s'est-elle retirée ?

CDSIC - L'UNESCO s'est retirée faute de financements. C'est la raison qui nous a été fournie.

PCRC-CellCom - N'y avait-il pas un accord de cofinancement entre le gouvernement centrafricain et l'UNESCO ? L'UNESCO s'est-il retiré parce que le gouvernement n'a pas respecté ses engagements ?

CDSIC - L'UNESCO a financé l'ouverture de ce département. Il a réhabilité les locaux qui nous abritent ; il a financé la formation des formateurs et la venue des enseignants visiteurs qui venaient donner des cours ici. Pour la formation des formateurs, la formation devait se faire à deux niveaux : le niveau Master et le niveau Doctorat. Certains d'entre nous ont fini le niveau Master, d'autres pas encore. Et c'est alors, après une année, que l'UNESCO nous a fait savoir que les financements n'existent plus, et que c'est désormais à l'État centrafricain de financer le reste. Et depuis lors, l'État centrafricain n'a pas réagi.

PCRC-CellCom - Avez-vous pris contact avec l'État centrafricain ? Que vous a-t-on répondu ?

CDSIC - L'UNESCO a écrit une note officielle au gouvernement pour lui signifier que c'est désormais à l'État centrafricain de financer le reste de la formation et du programme de création du DSIC. Puisque l'État n'a pas réagi, nous n'avons pas pu nous inscrire en thèse, et les professeurs visiteurs ne viennent plus.

PCRC-CellCom - Et comment vous vous en sortez malgré cet abandon que vous venez d'évoquer ?

CDSIC -  Nous avons des professionnels de la communication locaux qui interviennent au sein de ce département, que nous avons recrutés dans les médias centrafricains, à la radio, à la télé et dans d'autres organes de presse. Nous avons par exemple M. Barthélemy Féïdoka, ancien directeur de la presse présidentielle, ancien directeur général de Télé Centrafrique :il donne des cours de « Magazine télé », de « Conception et production télé » et de « Présentation du Journal télévisé ». Et en plus de ces professionnels de la communication, nous avons également des professeurs de l'Université de Bangui, ceux qui, avec moi, ont eu l'opportunité de nous former à l'ESTIC de Yaoundé II. En 2011, l'Institut Panos Paris nous a soutenus à travers son projet qui a permis la mise en place d'un journal-école et d'une émission radiophonique intitulée « Kongo ti Doli ». Grâce à cet appui, nos premiers étudiants ont été bien formés, parce qu'il y avait des professionnels qui venaient de France et qui faisaient des séminaires au bout desquels il y avait des productions de magazines radio et des productions en presse écrite. Mais malheureusement, ce projet de l'Institut Panos Paris a pris fin en 2014, faute de financement ; depuis lors le Département éprouve beaucoup de difficultés pour organiser les travaux pratiques.

Il faut aussi dire que le département manque de moyens : nous n'avons plus d'ordinateurs, car les premiers ordinateurs donnés par l'UNESCO sont tous tombés en panne ; nous n'avons plus de dictaphones fonctionnels ; nous n'avons plus de caméra ni d'appareil photo ; nous n'avons rien.

PCRC-CellCom - Toutes ces difficultés n'expliquent-elles pas la baisse du niveau des étudiants sortant du département ?

CDSIC- Effectivement, puisque les étudiants n'ont plus la possibilité de joindre la pratique à la théorie pendant leurs 3 années de formation. Certains se débrouillent pour avoir leur propre matériel, mais ils sont peu nombreux.

PCRC-CellCom - Le Département célèbre son dixième anniversaire cette année, face à la situation précaire, avez-vous prévu de marquer l'occasion ?

CDSIC-  Le Département a été officiellement ouvert le 23 mars 2008. Pour ses 10 ans, nous avions prévu d'organiser une journée Portes Ouvertes le 23 mars dernier. Certains partenaires ont été contactés, la MINUSCA notamment, pour l'organisation de cette journée Portes Ouvertes qui devait permettre au Département de se faire connaitre à travers des témoignages d'anciens étudiants, à travers des expositions des travaux d'anciens étudiants, des photos, etc. Mais malheureusement, nous n'avons pas reçu le financement attendu, et nous avons tout simplement reporté cet évènement à une date ultérieure.

© PCRC-CellCom -  Élodie Poloko

Publié par le PCRC

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