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Les violences basées sur le genre : un quotidien trop banal encore à Bangui. Témoignages


27/12/2018 - Bangui

Des témoignages recueillis récemment dans le 7e arrondissement révèlent que les violences basées sur le genre sont devenues un sujet d'actualité en Centrafrique. Jadis, ce problème de société était méconnu. Aujourd'hui les victimes brisent le silence et parlent de leur souffrance.

L'Association des femmes juristes de Centrafrique (AFJ-CA) a installé un centre d'écoute et d'assistance juridique dans le 7e arrondissement de la ville de Bangui. Elle apporte un soutien psychologique et donne des orientations aux victimes des violences basées sur le genre (VBG).

Selon Octave Sambé, conseiller conjugal, plus de 70 % des femmes sont victimes de violences physiques de la part de leurs époux : « La plupart des femmes qui viennent consulter sont battues par leurs époux. Les veuves sont parfois chassées par les parents de l'époux défunt. Le bilan des VBG est en hausse dans le 7e arrondissement. Pour le 3e trimestre 2018, nous avons enregistré plus de 100 cas de violences physiques et une trentaine de violences morales. Ce qui n'était pas le cas le trimestre précédent. »

D'après le récit d'Agnès Léngéma (31 ans), son mari ne cesse de la battre dès qu'il est sous l'emprise de l'alcool : « Quand mon mari ne boit pas, je suis tranquille. Mais quand il est ivre, je vis le calvaire. Le jour de la Fête de l'indépendance [le 1er décembre], après avoir bu avec ses collaborateurs, il est revenu à la maison. Quand je m'apprêtais à lui servir le repas, il m'a saisie par la main en m'enjoignant de retourner chez mes parents. Je serais déjà trop âgée pour lui, et il veut prendre une autre femme ! Il m'a ensuite frappée. La gendarmerie est intervenue en le coffrant, car mon bras droit était fracturé. Mais j'ai dû intervenir pour qu'il quitte la prison afin de ne pas hypothéquer la scolarité de nos quatre enfants. »

Suzanne traitée en esclave

Suzanne Abourou dit être traitée comme une esclave : « Mon mari n'a pas de respect pour moi. Il me maltraite souvent oubliant que je suis son épouse. En public, il m'insulte sans retenue. Mes parents ne sont pas épargnés. Il a confié la gestion de la maison à notre fille aînée de 17 ans. Ainsi, j'ai décidé de quitter le foyer pour rejoindre le domicile de mes parents. Je souffre tant moralement. Je crois que je ne retournerai plus dans mon foyer, car ce serait me donner la mort à petit feu. »

Marie-Laure Yakangui, veuve de 54 ans, raconte que le cousin de son mari défunt a voulu l'épouser. Ayant essuyé un refus catégorique, la belle-famille l'a battue et chassée de la maison construite ensemble du vivant du mari. Elle se désole : « Je n'arrive pas à croire ce qui m'est arrivé. Ma belle-famille a décidé, en mon absence, que je me marie avec un polygame. Quand j'ai refusé la proposition, deux des sœurs de mon mari m'ont chassée avec mes enfants. J'ai décidé de louer une maison  pour mener une nouvelle vie. J'ai déposé plainte, mais l'affaire demeure pendante devant la justice. Ma préoccupation actuelle, c'est l'étude de mes enfants. »

Des cas de VBG sont aussi enregistrés par la brigade de gendarmerie du 7e arrondissement. Les plus graves aboutissent au Tribunal de grande instance de Bangui. Les ménages se retrouvent en situation d'extrême difficulté. Beaucoup reste donc à faire en matière de sensibilisation pour que les hommes comprennent que les femmes ne sont pas des créatures inférieures.

© PCRC-CellCom - Jean Pierre Nambate Dounia

Publié par le PCRC

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