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Les Centrafricains doivent réapprendre à vivre ensemble


20/11/2018 - Bangui

Cinquante-deux ans après l'accession de la RCA à la souveraineté internationale, une analyse minutieuse de la vie nationale révèle chaque jour que les actions et les discours éloignent les Centrafricains du sens de vouloir vivre ensemble.

On se rappelle que dans les années 80, on s'intéressait peu de l'origine géographique ou tribale de chaque Centrafricain. Au lycée, il était autant difficile de faire la différence entre un Banda et un Gbaya, un Gbaka de la Lobaye et un Yakoma de Bangassou. On se rappelle qu'après près de quarante ans de vie en commun, on  ne connaissait pas l'origine régionale de tel ou de tel. Dans nos villes et campagnes, les différences ethniques, loin d'être utilisées à des fins politiques de domination ou d'assujettissement des uns sur des autres, étaient plutôt conçues selon des normes socialement admises. Elles étaient approuvées ou condamnées lorsqu'elles s'éloignaient ou pas des lois divines. Pour preuve, l'adhésion aux idéaux des partis politiques était davantage mue par le sentiment national que pour des considérations tribales ou régionales. On retrouvait même aussi au sein des partis qu'ils soient progressistes ou nationalistes des populations de tous les horizons du pays.

À l'évidence, on notait un développement social et économique inégal d'une région à une autre, ceci à cause du retard ou de la précocité de l'arrivée du colon dans telle ou telle région. Ces écarts n'avaient pas autant d'emprise au point de saper la volonté des différentes communautés à vivre ensemble.

Ah, les bonnes habitudes d'antan !

Malheureusement, nous notons avec amertume le recul excessif et dangereux de cette volonté de vivre ensemble et d'aller vers une nation unie. De plus en plus, des stéréotypes à caractère tribal ou ethnique sont utilisés dans nos jugements de valeur et même dans la conception de nos modèles de vies. La méfiance et parfois la haine sont à fleur de peau lorsqu'on s'identifie en fonction de régions ou d'ethnies. À cela s'ajoutent les considérations d'ordre politique qui empêchent le vivre-ensemble. C'est ce que nous a confirmé Lazare, qui a été traîné dans une administration juste parce qu'il a échangé au téléphone avec un interlocuteur en patois. Il a témoigné : « J'étais allé dans une administration de la place déposer mes dossiers pour des démarches administratives. Il y avait une dizaine de personnes dans la salle et j'étais en sixième position. Et on passait à tour de rôle déposer et signer la décharge. Juste avant mon tour, un ami du village m'a appelé pour discuter sur un sujet. Quand la personne en charge de la gestion de mon dossier m'a entendu parler dans mon patois, elle a refusé de prendre mon document. En dépit des interventions des uns et des autres, rien n'y fit, parce que je viens d'une certaine région ! Un tel comportement sème la haine dans les cœurs ! »

De telles situations rendent la cohabitation difficile entre les communautés. Du coup, le problème de la cohésion sociale n'est pas seulement l'apanage des chrétiens et des musulmans, il concerne tout le monde.

Et si la population centrafricaine réapprenait les bonnes habitudes d'antan ! ?

© PCRC-CellCom - Eustache Michael Mounzatela

Publié par le PCRC

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