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L'avis de responsables religieux sur la crise du parlement centrafricain


07/11/2018 - Bangui

la RCA vient de frôler une crise institutionnelle qui a failli mettre en péril l'unité nationale par la destitution de karim meckassoua à la tête de l'institution parlementaire, ainsi que son remplacement par moussa laurent ngon baba. Une volonté témoignée par les députés centrafricains pour des raisons d'ordre interne. Cela pousse la société à se poser la question de savoir quelle lecture politique les responsables religieux font de la situation présente de changement à la présidence de l'Assemblée nationale. Est-ce que cela peut contribuer à améliorer la paix et la cohésion sociale entre les deux grandes confessions religieuses en Centrafrique ?

Nous avons interrogé deux leaders religieux sur ce sujet.

L'abbé Marcellin lengapou-poukre, vicaire de la paroisse catholique Les Saints Martyrs de l'Oubangui, nous a partagé son opinion : « c'est ce qui peut arriver dans les institutions lorsque nous ne respectons pas les règles internes en soi, car la politique ne reste que la politique. Mais en tant que prêtre catholique, je dirais que la politique n'a rien de commun avec la religion. Nous devons éviter les amalgames et ne pas mélanger la raison de cette destitution avec une opposition entre chrétiens et musulmans. Tenir un tel raisonnement fausse complètement une bonne lecture de la situation. Car, si j'ai bonne mémoire, les musulmans et les chrétiens ont vécu en cohésion depuis bien des années dans ce pays. »

L'imam saïd mohamed de la mosquée de Lakouanga, à Bangui, tient des propos similaires : « Nous, responsables religieux, respectons la loi et refusons toutes les questions poussant à la séparation des confessions religieuses, car nous sommes apolitiques. Nous ne cherchons que la cohésion sociale ainsi que la bonne conduite des membres de la communauté dont nous avons la charge de leur montrer les cinq principes du Coran. »

Pour la consolidation de la paix au sein de la nation et éviter la récupération par les hommes de mauvaise foi, afin de réaliser leur dessein égoïste aux dépens de toute la nation centrafricaine, l'imam saïd mohamed précise : « Notre pays a subi tous ces vices pour la seule raison que nous négligeons la mise en pratique des principes de la parole de Dieu (Allah). Comme nous sommes loin de la volonté divine, nos cœurs sont prompts à tous les vices de ce monde. Or, si nous nous laissons conduire par sa volonté et sa parole, la question matérielle n'aura pas une si grande importance. Unissons nos cœurs par une bonne volonté de la pratique de la cohésion sociale, car n'oublions pas que nous sommes tous des Centrafricain(e)s, filles et fils de ce pays, musulman ou chrétien, seuls l'amour et la bonne entente entre toutes les couches sociales de cette nation seront la meilleure solution pour le progrès de la Centrafrique ! »

La séparation entre la chose publique et la chose religieuse est essentielle pour éviter tout amalgame au sein de la société. C'est dans cette vision que l'abbé marcellin lengapou-poukre affirme : « Personnellement, je ne connais pas le nouveau président de l'Assemblée nationale. Que le poste doive forcément revenir à un musulman ou à un autre pour consolider la paix et le vivre-ensemble, cela n'a pas de sens lorsque nous tenons de tels raisonnements que ce soit de manière officielle ou officieuse. Pour le développement d'un pays, il faut placer des cadres selon leurs compétences et tenir compte de la qualification pour une bonne gestion des institutions. Car, la cohésion sociale est une question de bon sens et de disposition d'acceptation de l'autre quelle que soit la couleur de sa peau ou sa pratique religieuse. Si nous analysons de plus près en profondeur, on verra bien que, malgré la crise, les musulmans et les chrétiens continuent toujours de vivre ensemble sans tenir compte des questions politiques. »

© PCRC-CellCom - Maxence DURANDEAU

 

 

Publié par le PCRC

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