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L'Observatoire centrafricain des droits de l'Homme prend position sur la feuille de route de l'UA


14/07/2018 - Bangui

Le 30 juin, l’Observatoire centrafricain des droits de l’Homme (OCDH) a organisé une conférence-débat à l’hôtel Ledger sur le thème « La feuille de route de l’Union Africaine et ses enjeux ».

Selon les organisateurs de cette rencontre, il s’est agi de faire la lumière sur le thème principal du prochain dialogue par des analyses critiques et constructives.

Le 17 décembre 2017, les chefs d’État de la CEEAC (Communauté économique des États de l’Afrique centrale) réunis en sommet à Libreville au Gabon, ont élaboré une feuille de route qui sera rapidement adoptée par l’Union Africaine comme une initiative panafricaine visant à ramener la paix en Centrafrique après cinq ans de conflit armé. La mise en œuvre de cette feuille de route est de plus en plus critiquée en Centrafrique.

L’Observatoire centrafricain des droits de l’Homme (OCDH) a organisé le 30 juin dernier une conférence-débat à l’hôtel Ledger sur le thème « La feuille de route de l’Union Africaine et ses enjeux ». Une centaine de personnes y ont assisté. Trois interventions étaient au programme.

La première intervenante, Mme Yvette Ndjapou, avocate, a présenté une analyse de la Feuille de route de l’UA pour la paix et la réconciliation en RCA. Elle a souligné la nécessité de l’approbation de cette feuille de route de l’UA par les Centrafricains : « Ils ne l’approuvent pas », a-t-elle conclu. Cette démarche de la communauté internationale oblige, a-t-elle affirmé, les Centrafricains à aller « cautionner ce que les plus forts ont déjà arrêté ». Ce qu’un intervenant traduira en disant : « C’est purement et simplement conduire Touadéra à la guillotine. »

Le sociologue Richard Filakota a ensuite abordé les enjeux de la feuille de route. Il est revenu sur le contexte qui a amené les dirigeants centrafricains à s’aligner derrière l’initiative de l’UA. Cette feuille de route « est tout un programme visant à déstructurer notre pays, la RCA qui est au centre d’une compétition hégémonique entre plusieurs puissances qui gouvernent le monde, entre plusieurs organisations internationales et régionales, entre des groupes armés qui dominent la scène publique ».

Brossant l’histoire politique et les causes des crises, il est arrivé à la conclusion suivante : « Les Centrafricains refusent qu’on les traite comme les damnés de la terre et aimeraient être consultés, associés à quelque initiative que ce soit qui engage leur vie, leur destin, celui des générations à venir. Raison pour laquelle, l’Union Africaine ainsi que les organisations qui entendent travailler dans ce sens ont beaucoup à gagner en crédibilité à sortir de ce schéma infantilisant de collaboration pour explorer des voies plus appropriées pour le bien de tous.»

Le dernier intervenant, Me Mathias Morouba, président de l’OCDH, a décortiqué les aspects juridiques et judiciaires de la feuille de route, pour relever les contradictions et les propos contrariants, vis-à-vis des dispositions légales en place. Il a mis en relief l’inconditionnalité des processus judiciaires et la réparation pour les victimes. « La feuille de route pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine ne saurait être un chèque en blanc tiré au profit des parties prenantes ni être considérée comme un tapis rouge déroulé aux différents groupes armés qui continuent de semer la désolation à l’intérieur du pays. »

En sa qualité de défenseur des droits de l’Homme, il a souligné qu’il est important et obligatoire que « les références aux différents mécanismes de justice soient effectivement mises en œuvre pour qu’il y ait des garanties de non-répétition, d’autant que le peuple centrafricain a besoin de vivre dans la sécurité et bénéficier des bienfaits du développement. »

Les débats et échanges qui ont suivi ces trois exposés ont surtout indexé le rôle de la France et du Tchad dans la situation qui frappe la RCA. « Ils ne sont pas des amis sincères, a dit un participant, même si, toute l’assemblée a reconnu qu’il y a une part de responsabilité des Centrafricains eux-mêmes. Les actions néfastes de ces deux pays sur la RCA sont le fruit de l’invitation lancée à eux par des Centrafricains. Certains fils du pays ont signé avec eux des accords qui ne garantissent pas l’intérêt national ou qui se taisent volontiers sur la non-application stricte d’accords par les interlocuteurs et notamment la France. »

Enfin, pour clore les échanges, l’OCDH a formulé des recommandations fortes telles que : « La restauration immédiate de l’autorité de l’État sur toute l’étendue du territoire par la MINUSCA et la France qui en ont tous les moyens nécessaires, étant donné l’exercice partiel de l’autorité de l’État sur toute l’étendue du territoire. »

Une autre recommandation exige « la mise en place d’une Commission vérité, justice, réparation et réconciliation ». Ensuite, « le respect de la souveraineté et de l’intégrité du territoire par ceux qui tirent la ficelle ; l’arrêt du  pillage organisé des richesses minières de la RCA et la possibilité de réinstaller nos brigades minières ; l’Évaluation de la mission de la MINUSCA et de l’Union Africaine en RCA par rapport à la rébellion ougandaise Armée de résistance du seigneur (LRA) ; la levée de l’embargo sur les armes ; l’application des dispositions de l’article 52 de la Loi n° 61.212 du 27 mai 1961 portant Code de la Nationalité Centrafricaine en vue de la déchéance de ceux dont le comportement est indigne ; la révision des accords entre la France et la RCA signés au moment de l’accession à l’indépendance ; la transparence dans les accords au moment de leurs signatures. »

Ces recommandations seront transmises aux institutions concernées par les soins de l’ONG de défense des droits de l’Homme.

© PCRC-CellCom - Askin Bamako

Publié par le PCRC

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