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Dialogue politique en Centrafrique : sérénité et bonne foi, svp !


12/07/2018 - Bangui

A l'occasion de la célébration de la Journée de l'Afrique, en différé le 22 juin dernier à Bangui, le président du panel des facilitateurs pour le dialogue politique en perspective et représentant spécial du président de la Commission de l'Union africaine, M. Bedializoun Moussa Nebié, a lancé un appel à la sérénité en direction de tous les acteurs de la crise en Centrafrique.

Après avoir consulté, à deux reprises, tous les acteurs – à savoir les leaders des 14 groupes armés connus et reconnus, l'ancien président de la transition Michel Djotodja qui vit en exil, et prochainement l'ancien président François Bozizé, le gouvernement, les leaders politiques, la société civile…- le président du Panel de l'Union africaine se dit confiant que ce dialogue tant réclamé par toutes les parties aura bien lieu. Pour l'heure, ce dialogue devrait avoir lieu à Bangui : « Le dialogue politique aura lieu en Centrafrique », a-t-il déclaré d'une conférence de presse à Bangui le 23 juin, sauf si une complication de dernière minute se produisait. Pourtant une rumeur répandue à Bangui situe ce dialogue en dehors du pays, notamment à Addis-Abeba, la capitale de l'Éthiopie qui abrite par ailleurs le siège de l'UA.

« J'adresse un appel fraternel à tous les acteurs pour que la sérénité prévale dans les cœurs et les esprits afin qu'ensemble nous œuvrions en toute bonne foi pour aller à la paix qui est la priorité des priorités », a déclaré M. Nebie en présence du chef de l'Etat Faustin Archange Touadéra le 22 juin.

Ce dialogue politique qui mettra aux prises le gouvernement face aux groupes armés, et dont le Panel en assure la préparation, sera le reflet des grandes recommandations de la feuille de route de l'Union africaine, élaborée et signée à Libreville le 17 décembre 2017 lors d'un sommet des chefs d'Etat de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC). Ladite feuille de route, dite aussi Initiative africaine pour la Centrafrique, souligne le caractère intangible de la République centrafricaine (face aux menaces de partition brandies par certains groupes rebelles) et le respect des institutions républicaines en place.

D'après l'expression du président du Panel, cette Initiative africaine pour la Centrafrique se veut une expression de solidarité et de fraternité et doit permettre aux Centrafricains de se parler, de se saluer, de se considérer, de se tolérer et de vivre ensemble. Et, la convocation du dialogue est pour « bientôt ».

Interrogé sur la possibilité que ce dialogue que beaucoup perçoivent à Bangui comme à la fois un dialogue de trop et un piège pour le gouvernement dont la position est très faible face aux interlocuteurs de l'autre côté, ne puisse aboutir, M. Nebié pense que d'une part, « ce sont toutes les entités » consultées qui sont d'avis de tourner la page de la violence armée. Et d'autre part, que des revendications posées par les groupes armés, beaucoup sont surmontables, selon ses propos. Car, elles concernent surtout le processus de développement régional. Les factions issues de l'ancienne coalition Séléka ont toujours depuis 2012, exprimé leur mécontentement du fait que leurs régions, dans la partie nord du pays, étaient délaissées par le gouvernement central. Pour le président du Panel, les revendications sont « compromissibles ».

Un autre aspect important est souligné par le facilitateur. Il indique que, dès son premier contact avec les groupes armés, il avait réclamé auprès des concernés l'assurance d'avoir en face de lui des interlocuteurs valables. C'est-à-dire que tout ce que vont dire les personnes mandatées reflète effectivement l'avis et les aspirations de leurs bases respectives. D'autant qu'il y a eu des précédents : le Panel ne doit pas tomber dans une erreur de casting de sorte que la sérénité des débats soit garantie en amont.

Enfin, une dernière assurance selon M. Nebié, l'Initiative africaine fait l'objet d'une unanimité au niveau international avec le soutien des Nations Unies, de l'Union européenne et de toutes les organisations sous-régionales africaines ainsi que de tous les partenaires bilatéraux de la RCA. « Rarement, un processus international a fait l'objet d'une si grande convergence de vue et d'un soutien aussi large. »

Mais si le diplomate affiche un si grand optimisme, on le sent cependant inquiet par les critiques qui vont bon train contre la démarche de l'UA. C'est ainsi qu'il qualifie de « rumeurs » ces critiques qui, poursuit-il, « ne relèvent que de la manipulation et de la désinformation, à moins que ça ne soit de l'ignorance tout simplement ». Il faut dire que, de plus en plus, des organisations de la société civile élèvent un ton critique à l'égard de ce processus. Les principales raisons évoquées sont qu'en premier lieu, les contours de ce dialogue sont mal connus. Ensuite, seuls le gouvernement et les groupes armés sont privilégiés, ce qui indique son caractère exclusif. Et cela, alors que le Forum de Bangui avait produit des recommandations importantes qui restent pour la plupart comme une boussole pour la RCA. Au fait, la place des recommandations de ce forum qui s'était tenu en mai 2015 à Bangui n'est pas clairement définie, alors qu'elle avait généré des institutions, dont le Comité de suivi chargé de l'application desdites recommandations.

Au demeurant, « la solution à la crise centrafricaine est entre les mains des Centrafricains eux-mêmes », la communauté internationale dont l'UA n'est là que pour soutenir les efforts des filles et fils du pays, a indiqué M. Nebié. Après tout, l'idée était venue du président Touadéra qui avait besoin d'une médiation pour dialoguer avec les groupes armés plutôt réfractaires, a-t-il indiqué en substance.

© PCRC-CellCom - Askin Bamako

Publié par le PCRC

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