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Danga : Une jeunesse sans avenir


26/07/2018 - Danga

Le village Danga est un lieu de prédilection pour les pêcheurs et les trafiquants de tout bord. Ce village, au bord du fleuve Oubangui, dans la sous-préfecture de Damara, compte une population d’un millier d’habitants, parmi lesquels plus de 500 enfants en âge scolaire. Ces enfants n’ont d’autres occupations que d’accompagner leurs parents au champ ou à la pêche faute d’école.

Le chef du village, Augustin Grembango, nous dit que la seule école du village a été détruite ; les trois maîtres-parents ont été assassinés par les séléka en avril 2013 : « Avant mon élection, les habitants du village ont construit une école de trois salles de classe. Ils ont tout fait pour avoir des maitres-parents, afin d’assurer l’éducation des enfants du village. Tout allait bien. Mais, quand les séléka sont arrivés, ils ont détruit l’école ; une semaine plus tard, ils ont tué les trois maîtres-parents les accusant d’être des militaires de Bozizé déguisés en civils. C’est alors que tout a basculé. »

Augustin Grembango poursuit son récit : « Quand les anti-balaka sont arrivés, nous avons essayé de reconstruire l’école, mais, les exactions commises par ceux-ci ont fait que la majorité des hommes du village sont partis vivre ailleurs. Après le décès de l’ancien chef du village, j’ai regroupé tous les jeunes ; d’un commun accord, nous avons décidé de reconstruire l’école, afin d’assurer un avenir à nos enfants. Mais les travaux de reconstruction ont été rendus impossibles par les exactions des anti-balaka sur les jeunes. Ils ont exigé que nous leur construisions une maison qui doit leur servir de case de passage ainsi qu’un poste de contrôle. La population a donc aussitôt abandonné la reconstruction de l’école. Elle a compris que si cette école était reconstruite, les anti-balaka allaient la prendre de force pour en faire leur maison. »

Les parents, soucieux de l’avenir de leurs enfants, ont préféré les envoyer apprendre à écrire et à lire au village Longo, à trois kilomètres de Danga. Là-bas, les enfants étudient sous un ancien hangar construit en bâche par Médecins sans frontières (MSF), lors de la campagne de lutte contre le choléra. Les classes vont du CI au CE2. Les enseignants sont payés par l’association des pêcheurs de Longo (APL). A la fin de cette année scolaire, les élèves admis en classe de CM1 sont envoyés à Bangui pour la suite de leurs études.

La crise militaro-politique qui continue de secouer la RCA crée des situations inextricables et punissables. On pensait que ces pratiques étaient terminées. Que la cohésion sociale dût retrouver son droit de cité et que grâce au vivre-ensemble, on ne perlerait plus de ces pratiques d’un autre âge. Hélas, les choses sont bien ce qu’elles sont. Elles sont là, têtues ! Le cas du village Danga n’est certainement que la face visible de l’iceberg. Il faut imaginer ce que vivent les autres petites localités qui longent la rivière Oubangui jusqu’à Mobaye. L’enfer est probablement installé quelque part. Mais où se trouve l’avenir des enfants de la RCA, s’ils ne peuvent pas s’asseoir dans une salle de classe et apprendre à parler et à écrire la langue de Molière et la langue de leurs parents, apprendre à calculer ?

© PCRC-CellCom - Jean Pierre Nambate Dounia

Publié par le PCRC

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