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Conditions de vie des femmes à Bangassou


30/04/2018 - Bangassou

Les femmes sont les premières victimes de la crise qui a éclaté dans la ville de Bangassou depuis le mois de mai 2017. Une année plus tard, elles continuent d’en faire les frais ; elles sont obligées de s’accommoder de conditions de vie toujours précaires.

À l’occasion de la célébration en différé de la journée du 8 mars à Bangassou, les femmes ont lancé des messages de paix à l’endroit de tous ceux qu’elles considèrent comme pouvant contribuer à mettre un terme à la crise qui sévit dans la préfecture du Mbomou et particulièrement à Bangassou.

Lors de la mission de médiation effectuée à Bangassou du 5 au 11 avril 2018 par les leaders de la Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique, l’imam Omar Kobine Layama, président de la Communauté islamique de Centrafrique (CICA) et le cardinal Dieudonné Nzapalainga, président de la Conférence épiscopale de Centrafrique (CECA), nous avons enquêté sur les conditions de vie des femmes à Bangassou, chef-lieu de la préfecture du Mbomou et à Mobaye, chef-lieu de la préfecture de la Basse-Kotto.

À cause de la présence des groupes armés, un univers atypique s’est imposé dans les us et les coutumes de la ville de Bangassou. 

Les acteurs de la crise à Bangassou sont les communautés chrétienne et musulmane. Auparavant, elles vivaient en parfaite harmonie. Mais avec l’avènement des Séléka, certaines personnes ont fait allégeance à ceux-ci. Par la suite, le pouvoir des Séléka ayant généré des atrocités, il y a eu la réaction des Antibalaka, qui se sont engagés pour les combattre. Entre-temps, les Séléka et alliés avaient déjà invité et installé dans la ville des partisans qui continuent de servir leurs causes jusqu’à ce jour. C’est ainsi que la rumeur et la méfiance se sont accaparé des esprits et provoqué la méfiance qui est à la base du conflit dont souffre la préfecture du Mbomou.

Dans le mouvement antibalaka de Bangassou, il y a des filles. Selon certaines sources contactées dans la ville, celles-ci ont accepté d’intégrer les rangs de la rébellion, dans le seul but d’échapper à la pauvreté. Dans la région de Bangassou, il n’y a pas d’emploi. Nombreuses sont les ONG nationales et internationales qui viennent en appui à la population. Mais elles préfèrent recruter leurs personnels à Bangui.

Pour accéder à l’emploi à Bangassou, il faut nécessairement disposer de relations privilégiées. C’est même là une des raisons qui expliquent l’adhésion des jeunes filles au mouvement des Antibalaka. À cause de la crise, les jeunes filles ne fréquentent pas les écoles. Avec l’insécurité ambiante, la vie des jeunes filles a été totalement déséquilibrée. En toile de fond, les viols de femmes sont devenus une pratique banale.

Sur le plan sécuritaire, les femmes sont continuellement braquées. Elles ne peuvent pas de ce fait vaquer librement à leurs occupations. Elles ne peuvent plus se rendre aux champs ni même au marché.  Les femmes du 3e âge qui sont accusées de sorcellerie sont enterrées vivantes. Elles n’ont personne pour les défendre. L’autorité de l’État a disparu.

Il y a également le problème des jeunes filles-mères, qui, généralement, ont abandonné l’école au niveau primaire ou à l’entrée du secondaire. Elles ne survivent que grâce aux travaux champêtres qui sont leur unique moyen de survie. Leurs conditions de vie se sont totalement dégradées. Elles ne peuvent ni cultiver ni vendre. Du coup, elles sont obligées de vivre de la prostitution ou de se réfugier dans les rangs des bandes armées. L’économie de la ville de Bangassou qui reposait essentiellement sur le secteur informel s’est écroulée.

De plus, l’économie dans le monde rural en Centrafrique est essentiellement dans les mains des femmes, qui sont les premières travailleuses dans les champs et sont les principales commerçantes sur les marchés des provinces de la République centrafricaine.

Le marché central de la ville de Bangassou est fermé depuis plusieurs mois. Les opérateurs économiques qui l’animaient se sont dispersés dans d’autres localités dans l’espoir d’y vendre leurs produits. Ce qu’ils ne peuvent plus faire à Maliko, Bangui-ville, Tokoyo ou sur le site des déplacés, à cause des armes qui y crépitent au quotidien. Conséquence, les populations vivent comme dans une grande prison à ciel ouvert. 

Pour tenter de résoudre la crise de Bangassou, les femmes se sont organisées en association sous la houlette de l’OFCA (Organisation des femmes de Centrafrique). Elles se sont engagées à réfléchir sur la situation dans laquelle elles et leurs familles vivent. Elles se préoccupent des solutions à trouver à cette crise qui les paralyse complètement. Pour se mobiliser et se donner des activités intéressantes, elles ont créé des tontines. Elles sensibilisent les groupes armés et les encouragent à adopter le dialogue comme mode de règlement du conflit.  Le 7 mars 2018, elles ont organisé une marche pour demander à la MINUSCA d’appliquer les résolutions des Nations Unies, qui lui demandent de protéger les populations civiles et de rester neutre.

© PCRC-CellCom –Gérard Merlend Ouambou Guela

Publié par le PCRC

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