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Centrafrique: la Cour pénale spéciale débutera bientôt ses premières audiences


10/09/2021 - Centrafrique

Le 9 septembre 2021, dans une intervention sur Radio France internationale (RFI), le substitut du procureur près la Cour pénale spéciale (CPS), Alain Tolmo, a déclaré que celle-ci sera opérationnelle avant la fin de l’année, en tenant ses premières audiences. Les mandats d’arrêt sont déjà lancés. La protection (pour les victimes & les témoins) et la présomption d’innocence (pour les prévenus) sont au coeur du système. Que savons-nous à ce jour, de façon générale et ramassée?

Six ans après sa création, la CPS devient, enfin, opérationnelle. Le début des enquêtes a été fixé au 1er janvier 2003. Après tant d’années de conflit armé, avec un cycle de violences inouïes, les attentes de la population sont grandes. La CPS est une jurisdiction hybride, composée de personnels nationaux et internationaux. Par exemple, le procureur spécial, le colonel Toussaint Muntazini, est originaire de la République démocratique du Congo (RDC). La CPS juge les crimes les plus graves: crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crime de génocide. Les cours et tribunaux centrafricains, la CPS et la Cour pénale internationale (CPI) basée à La Haye (Pays-Bas), ne sont pas concurrents, mais complémentaires. La Centrafrique a, en effet, ratifié le Statut de Rome instituant la CPI. Contrairement à cette dernière, la CPS est limitée dans le temps.

Lors des assises du ‘’Forum de Bangui’’, tenu en juin 2005 pendant la transition dirigée par Catherine Samba-Panza, les délégués venus de la capitale et de l’intérieur du pays avaient exprimé leur soif de justice, afin de briser le cycle de l’impunité. Les crimes non réprimés sont, en effet, un terreau fertile pour des violences sans fin. Ici comme ailleurs. En créant la CPS, la communauté internationale a compris les Centrafricains.

Pour accueillir les (futurs) détenus de la CPS, la prison centrale de Ngarangba vient d’être ‘’modernisée’’ par des travaux importants. Il s’agit de la mettre aux normes internationales. Les conditions de détention sont humaines: trois repas convenables par jour, aération suffisante, douche, marche quotidienne dans la cour, sport, activité intellectuelle, soins médicaux, vie spirituelle, visites, courrier. Et, actualité oblige, les mesures barrières et de riposte contre la COVID-19 sont observées.  La surveillance maximale; l’évasion (quasi) nulle. Tout cela est gratuit! Cependant, le détenu perd le bien le plus cher au monde: LA LIBERTE.

‘’Le fer de lance d’une société de justice et de compassion’’

Le 9 septembre dernier, Dr Jean-Bruno Malaka, porte-parole de la CPS, a publié un communiqué de presse. ‘’Le bureau du Procureur Spécial près la Cour Pénale Spéciale de la République centrafricaine informe l’opinion nationale et internationale qu’il s’intéresse aux crimes internationaux et autres violations graves des Droits de l’Homme et du Droit International Humanitaire (DIH) commis sur le territoire centrafricain et qui impliqueraient le capitaine Eugène Ngaïkosset’’, précise Dr Malaka. Cet ex-officier des FACA (Forces armées centrafricaines), qui a été rattrapé récemment en cavale, est surnommé ‘’le boucher de Paoua’’ (NDLR).

Cornelio Sommaruga fut président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), à Genève, pendant onze ans. A ce titre, il a connu et géré de nombreux conflits dans le monde. Comme la guerre civile au Burundi (1993-2001), le génocide rwandais (6 avril-7 juillet 1994), la guerre en Irak –menée par les USA-, le conflit israélo-palestinien. Ce catholique pratiquant, italophone, a toujours pensé aux victimes des conflits armés. Début 2000, au cours d’une interview donnée à l’auteur de ces lignes, il déclarait: “Je ne pense pas que ces horreurs soient inévitables. Comme les causes sont chez les habitants de cette terre, les remèdes sont à trouver chez ces mêmes personnes. Dans un monde stigmatisé par des divisions et la recherche de l’intérêt personnel, des hommes et des femmes rassemblés par un même idéal et consacrés à le promouvoir, peuvent être le fer de lance d’une société de justice et de compassion”.

En Centrafrique, comme ailleurs dans les pays en difficulté, la justice, la réparation, le pardon et la mémoire collective sont incontournables si, du moins, l’on désire restaurer la paix et ses corollaires: le vivre-ensemble et la cohésion sociale.

© PCRC-CellCom – Nicolas Ndagiye

Publié par le PCRC

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