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Centrafrique: commémoration du centenaire de « Batouala »


17/12/2021 - Centrafrique

« Batouala, véritable roman nègre », de René Maran, fut couronné par le prestigieux prix Goncourt. La trame de l’ouvrage dénonce les pires exactions coloniales dans ‘’le cendrillon de l’Empire’’. Elle se déroule à Grimari dans l’Oubangui-Chari, actuelle République centrafricaine. L’ouvrage vient de souffler ses cent bougies (14 décembre 1921-14 décembre 2021). Le centenaire a été commémoré à l’Alliance française de Bangui (AFB), auditorium Félix Eboué, le 16 décembre, devant un aéropage d’intellectuels français et centrafricains, sous l’intitulé : « Batouala, cent ans après ».

Notons, en particulier, la participation d’Emile Ndjapou, ancien recteur, professeur de droit à l’Université de Bangui (UB), président de la chambre d’assises à la Cour pénale spéciale (CPS); François Wittersheim, directeur de l’AFB ; Maurice Guimendego, professeur d’histoire à l’UB et au lycée français Charles-de-Gaulle ; les anciens ministres de l’Education nationale, Bernard Simiti (écrivain) et Charles-Armel Doubane ; Michel Langa, président de l’Association amis de la fraternité centrafricaine. Mais également le maire de Grimari. Débutés à 14 heures 15, les exposés et les échanges ont été clos par le directeur de l’AFB, peu avant 18 heures.

Dès la parution, le roman, et surtout sa préface, firent scandale en France métropolitaine. L’auteur, gouverneur de colonie, dénonçait avec vigueur et réalisme les méfaits et travers de la ‘’mission civilisatrice de la France’’ dans cette partie de l’Afrique. René Maran fut brutalement démis de ses fonctions. Le témoignage de Michel Gbezera-Bria, ambassadeur de Centrafrique à Paris et grand commis de l’Etat, sur le héros et l’auteur, précédemment diffusé dans le quotidien indépendant Le Citoyen, a été lu à l’assistance. Ainsi que des passages éloquents du roman, en particulier le chapitre V, un veritable morceau d’anthologie.

« Batouala est un portrait satirique du colonisateur et de son action. Le territoire de l’Oubangui-Chari a été surnommé ‘’cendrillon des colonies françaises’’. Ayant été froidement exploité par les compagnies concessionnaires, il a été néanmoins sollicité pour l’effort de guerre durant les deux conflits mondiaux (1914/18 – 1939/45). Ce fut une colonie meurtrie », a déclaré Charles-Armel Doubane, modérateur.

Un débat passionné sur une colonie meurtrie

Le roman est aussi un portrait pittoresque des Banda, la tribu de Batouala. Leurs us et coutumes sont abondamment brossés. En filigrane, l’assistance a écouté la voix de feu Léopold Sédar Senghor, poète, ancien président du Sénégal, membre de l’Académie française, à propos de celui qu’il appelle ‘’René Maran, mon ami’’.

Le débat qui a suivi a été passionné, ardu et inachevé; le temps imparti étant largement dépassé. Le hall de l’auditorium était garni de l’exposition de dessins sur le héros et le roman, exécutés par Didier Kassaï, sans contexte le bédéiste le plus talentueux du pays. Depuis des années, “Batouala” est inscrit au programme de l’enseignement secondaire (second cycle) et universitaire (lettres françaises) de l’Afrique noire francophone.

La célébration de cet événement a été, de l’avis des organisateurs, l’aboutissement d’un travail de longue haleine. Une seule ombre au tableau, l’affluence fut faible. Trente-cinq personnes en tout et pour tout, officiels et journalistes compris. Qu’en sera-t-il du bicentenaire?

© PCRC-CellCom – Nicolas Ndagiye

Publié par le PCRC

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